Plan d'amélioration : Comment GEA s'est reconstruite
5 janvier 2026

Depuis 2019, GEA qui était alors une entreprise peu performante est devenue membre du DAX une des 40 plus grandes entreprises allemandes cotées en bourse – en encourageant l'esprit entrepreneurial et en transformant la durabilité en avantage concurrentiel. Elle a franchi cette étape importante de son histoire longue de près de 145 ans sans aide extérieure ni raccourcis, dans un monde en proie à des crises multiples. Ce redressement montre ce qu'il est possible de réaliser quand les objectifs et les performances sont alignés.
« En 2019, nous traversions une mauvaise passe », se souvient le CEO Stefan Klebert, qui a pris les rênes cette année-là en pleine tourmente. Nous avions des ingénieurs que le monde entier nous enviait et une main-d'œuvre hautement qualifiée. Mais nous avions mis en place une structure qui sapait systématiquement leurs initiatives et les empêchait de donner le meilleur d'eux-mêmes.
Six ans plus tard, le contraste ne pourrait être plus frappant. En septembre 2025, GEA a été la vedette d'une introduction en bourse accélérée qui l'a promue membre du DAX, le principal indice boursier allemand, et est devenue le premier et le seul fabricant exclusivement spécialisé dans les machines et les installations à réaliser ce bond en avant. Cette étape importante a fait suite à une année 2024 record, au cours de laquelle l'entreprise a relevé à deux reprises ses prévisions de marge EBITDA et a atteint ses objectifs financiers stratégiques avec deux ans d'avance. Cette ascension s'est produite alors même que l'économie allemande était en difficulté, ce qui rend la renaissance de GEA d'autant plus remarquable.

Stefan Klebert, CEO de GEA, au cours d'un entretien avec Samir Ibrahim (ARD) à l'occasion de l'insertion de l'entreprise dans l'indice DAX. (© Image : Deutsche Börse / Martin Joppen)
« En 2019, nous traversions une mauvaise passe. Nous avions des ingénieurs que le monde entier nous enviait et une main-d'œuvre hautement qualifiée. Mais nous avions mis en place une structure qui sapait systématiquement leurs initiatives et les empêchait de donner le meilleur d'eux-mêmes. »
Stefan Klebert
CEO, Groupe GEA
Rétablir une culture de responsabilité et de performance
Le redressement a commencé par un diagnostic clair. L'expérience organisationnelle effectuée était un échec. La structure complexe mise en place loin de créer des synergies, générait des frictions. Klebert et son équipe ont réagi en procédant à une refonte structurelle fondée sur deux principes fondamentaux.
Premièrement, assumer ses responsabilités et rendre compte. La structure rigide qui avait amené de nombreux collaborateurs à perdre de vue leurs responsabilités a été remplacée par cinq divisions, toutes dotées d'une équipe de direction propre et rendues responsables de leurs pertes et profits. L'objectif était de stimuler l'agilité et la transparence, en donnant aux unités fonctionnelles les moyens d'agir rapidement, de rester proches des clients et de se concentrer sur leurs principaux atouts. Ce changement a permis de restaurer l'esprit entrepreneurial qui avait été étouffé.
Deuxièmement, la culture de performance. Les managers ont reçu des objectifs clairs et l'autorité nécessaire pour les atteindre. Les collaborateurs les plus performants ont été récompensés. Ceux qui, systématiquement, n'atteignaient pas leurs objectifs ont été remplacés. Le principe fondamental de Klebert, souvent répété, est devenu un mantra culturel : « Un budget est un budget –et reste un budget. » La clarté de cette approche axée sur les résultats s'est avérée essentielle pour la réussite de la transformation de GEA.
La cohérence de la communication a été tout aussi importante. Pour regagner la confiance perdue, l'équipe de direction a fixé des objectifs financiers clairs, les a communiqués de manière transparente et les a ensuite atteints sans faillir, trimestre après trimestre. Après des années de promesses non tenues, cette discipline a contribué à restaurer la confiance du marché.
La prime développement durable
GEA a également fait du développement durable une priorité stratégique – et un avantage concurrentiel. En 2021, l'entreprise a lancé ce qui était alors la stratégie climatique la plus ambitieuse de son secteur, en s'engageant à atteindre la neutralité carbone sur l'ensemble de sa chaîne de valeur d'ici 2040. Ces objectifs ont été validés par l'initiative Science Based Targets et, en 2024, GEA est devenue la première entreprise de l'indice DAX à proposer à ses actionnaires un vote « Say on Climate » sur sa stratégie climatique. La résolution a été adoptée avec 98,4 % des voix.
Fin 2024, GEA avait déjà réduit ses propres émissions Scope 1 et 2 de 58 % par rapport à 2019. En 2025, ses efforts ont valu à GEA de recevoir une nouvelle médaille Platinum (Platine) décernée par EcoVadis, qui l'a placée dans le top 1 % des entreprises évaluées dans le monde –, et d'atteindre la 12e place du classement du Time des 500 entreprises les plus durables au monde et la 2e place en Allemagne.Grâce à sa stratégie Mission 30, l'entreprise vise à générer plus de 60 % de son chiffre d'affaires avec des solutions durables d'ici 2030 – faisant ainsi de la performance environnementale un moteur déterminant de sa croissance. Et l'impact est déjà visible, y compris pour les clients. Un producteur laitier danois a ainsi vu sa consommation de gaz tellement baisser après l'installation d'un nouveau système GEA que son fournisseur d'énergie local l'a appelé pour demander si l'usine fonctionnait toujours.
« Nos clients sont soumis à une double pression, » remarque le Dr Nadine Sterley, Directrice du développement durable chez GEA. Ils sont confrontés à une hausse des coûts de l'énergie et à des réglementations climatiques plus strictes. Ils ont besoin de machines qui en fassent plus avec moins : moins d'énergie, moins d'eau et moins de ressources. Répondre à ce besoin est à la fois une responsabilité et un impératif économique clair pour GEA. »

Plan de transition climatique 2040 de GEA
Le parcours vers la neutralité carbone de GEA
Transformer les services
GEA a également transformé son activité de services en moteur de croissance stratégique. Grâce à des solutions basées sur l'IA, à la surveillance des conditions et à une assistance à distance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, l'entreprise est en train de passer de la maintenance traditionnelle à un entretien prédictif, basé sur les données, durant tout le cycle de vie des systèmes GEA. Pour nos clients, cela se traduit par une disponibilité accrue, des coûts réduits et moins de temps d'arrêt imprévus, ce qui est essentiel pour les chaînes de production modernes.
L'impact est net. Des partenariats sur mesure dans le domaine des services permettent d'améliorer la disponibilité, la productivité et la durabilité. Un partenariat avec une laiterie britannique, par exemple, a permis d'obtenir des temps de réponse inférieurs à 12 minutes, une résolution des problèmes en moins d'une heure, une réduction annuelle de 120 tonnes de CO2 et une augmentation de 80 % des investissements du client dans les services. Dans l'ensemble, le chiffre d'affaires de GEA généré par les services est passé de 32 % du chiffre d'affaires total en 2019 à 39 % en 2024, créant ainsi un mix de revenus plus résilient et plus rentable.Plus proche de ses clients
Pour finir, GEA met actuellement en œuvre une stratégie de localisation pour se prémunir contre le protectionnisme et la volatilité de la chaîne d'approvisionnement et pour tirer parti de la croissance des marchés les plus dynamiques de la planète. Tout en maintenant ses centres d'excellence mondiaux dans des pays comme l'Allemagne et l'Italie, l'entreprise a étendu ses capacités de production régionales avec des installations de nouvelle génération en Pologne, en Allemagne et aux États-Unis.
Ses grands centres en Chine et en Inde permettent à GEA d’être proche des marchés présentant un fort potentiel de croissance à long terme. Cette démarche de localisation raccourcit les délais, renforce la collaboration avec les clients et protège GEA des barrières commerciales. Malgré la hausse des droits de douane, par exemple, GEA n'a enregistré aucun ralentissement en Amérique du Nord.
Le bureau et le site de production de GEA à Vadodara, en Inde (Image : GEA)
Conçu pour les mégatendances
La renaissance de GEA est le fruit d'une bonne gestion, mais aussi d'un alignement stratégique sur les changements transformateurs en acte à travers le monde. En se concentrant sur l'agroalimentaire, les boissons et les produits pharmaceutiques, – des secteurs essentiels alimentés par la croissance démographique et la hausse de la demande des classes moyennes sur les marchés émergents – GEA a mis en place un modèle commercial résilient. Près de 80 % de son chiffre d'affaires provient désormais de ces industries. L'empreinte de GEA dans la vie quotidienne est remarquable : un litre de bière sur deux dans le monde, un litre de lait sur quatre et un quart des pâtes alimentaires mondiales sont produits en utilisant des technologies GEA.
Réinventer l'industrie allemande
Lors de la cérémonie d'introduction à la bourse de Francfort qui a marqué l'entrée de GEA dans le DAX, le CEO S. Klebert a souligné ce que représentait ce redressement. « Tous ceux qui observent GEA aujourd'hui voient une entreprise en grande forme : rentable, innovante, financièrement solide et, surtout, prête pour l'avenir, » a-t-il déclaré. « Les plus grandes opportunités de croissance sont juste devant nous, dans la transformation durable de l'industrie. »
Son timing a rendu cette réussite encore plus remarquable. En 2025, l'économie allemande, dont les exportations sont le moteur, était à la peine. Les changements géopolitiques mondiaux, la montée du protectionnisme et les défis nationaux, à commencer par les coûts élevés de l'énergie, ont mis à mal des secteurs emblématiques tels que l'acier, l'automobile et la chimie. Même l'ingénierie mécanique, qui a longtemps été l'épine dorsale de l'industrie allemande, a ressenti la pression, et la contraction de 8 % observée en 2024 a été suivie d'autres baisses.
La transformation de GEA le prouve : l'ingénierie allemande peut rivaliser et s'imposer dans un monde qui exige des solutions plus intelligentes, plus propres et plus efficaces. La crise de 2019 a contraint GEA à affronter des réalités difficiles. La reprise qui a suivi montre ce qu'il est possible de réaliser lorsqu'une entreprise aligne ses objectifs sur ses performances et donne à ses collaborateurs la liberté d'agir.